
La loge « Les Piliers de la Fraternité » vous adresse ses meilleurs vœux pour l’année 2025




Mes Très Chers Frères, Mes Très Chères Sœurs, Mesdames, Messieurs,
Oui, en ce jeudi 21 novembre 2024, le Grand Orient de France honore Jean Jaurès.
Le 23 novembre 1924, il y a 100 ans donc, dix ans après son assassinat, Jean Jaurès entrait au Panthéon.
10 ans après son assassinat, revenons sur les conditions de son entrée.
Il a bien entendu été haï par les conservateurs, et quoi de plus naturel, y compris après sa mort. Dans les débats au Sénat sur le transfert de ses cendres, nous notons cette phrase du Sénateur Delahaye, sénateur du Maine-et-Loire : « Jaurès a été assassiné. C’est ce qu’il a fait de plus glorieux dans sa vie. »
Mais la vérité est parfois plus complexe, et vous en savez quelque chose, si des Maçons ont aidé Jaurès au cours de son engagement politique, d’autres l’ont parfois attaqué.
En décembre 1906, à l’initiative de plusieurs socialistes maçons, dont Marcel Sembat, Arthur Groussier ou Adrien Meslier, est organisée au Trocadéro une manifestation artistique et politique en faveur du quotidien de Jaurès, L’Humanité. Il s’agit d’aider ce journal, alors en grandes difficultés. Cette soirée ne plait guère à une publication maçonnique, indépendante des obédiences, La Revue maçonnique, qui maintient la flamme d’une maçonnerie traditionnelle, sur fond de symbolisme. Elle condamne dans son numéro de novembre « cette incorrection de certains maçons de transformer la maçonnerie en chantier de combinaisons profanes. » Elle traite Jaurès de « Platon du collectivisme apparenté à l’aristocratie sociale ».
Le directeur de cette revue maçonnique, le frère Louis Minot, qui fut pourtant très tôt dreyfusard, note également que ce journal, l’Humanité, « est entré dans la vie sous les auspices des hébreux de nos parages ». A l’anti-Jaurès s’ajoute un antisémitisme affirmé. Enfin, ce directeur s’interroge, ou plutôt feint de s’interroger : « M. Jaurès qui fut ondoyant et divers, apparenté à de gros personnages, serait-il un sauveur à l’instar du Christ toujours vénéré à 2000 ans de distance ? »
Aujourd’hui, nous le disons ici, si Jaurès n’est pas le Christ, nous pourrions ajouter qu’il n’y a ni César, ni Tribun, et que la croyance que nous portons au Panthéon, devant ce cénotaphe est celle de l’Humanisme.
Alors, quel rapport entre Jaurès et la Franc-Maçonnerie.
Nous avons identifié tout d’abord les antimaçons : dans une de leurs publications, La
franc-maçonnerie démasquée, en février 1906 : « M. Jaurès n’est pas franc-maçon, il l’a encore récemment affirmé ; mais il ne faudrait pas en conclure qu’il ignore tout à fait la Veuve. S’il ne l’a pas épousée, du moins depuis longtemps flirte-t-il avec elle. »
Ce « flirt » est sans doute favorisé par la présence autour de lui de nombreux francs- maçons. Nous avons évoqué les noms de Sembat, Groussier, Meslier. Il y en a bien d’autres et, en ce début du XXe siècle, les socialistes sont de plus en plus nombreux à rejoindre la maçonnerie, notamment le Grand Orient de France. Mais il y a surtout la position et les analyses de Jaurès lui-même. Dans la manifestation du Trocadéro en décembre 1906, Jaurès affirme : « Entre la franc-maçonnerie et le socialisme, il y a, non pas identité, mais affinité ». Les mots ont leur sens, et Jaurès les utilise avec soin.
« Je ne suis pas franc-maçon, mais j’estime que le développement de la pensée libre, et vraiment libre, peut sans aucun esprit d’intolérance et de secte, servir puissamment le socialisme. » Voilà ce que déclare Jaurès.
Pour lui, il y a vraiment affinité.
Le parti mène des luttes sociales et politiques pour changer la société en gagnant les élections, mais Jaurès sait que les militants doivent s’élever intellectuellement et moralement, cultiver une pensée libre, ils doivent travailler au perfectionnement. La Franc-Maçonnerie est une structure créée par des hommes et des femmes capables de le faire, parce qu’elle regroupe des citoyens d’origines sociales, de métiers, de cultures, d’opinions politiques différents.
Elle rassemble ce qui est épars, et elle fait de la diversité une richesse.
Affinité, ressemblance, similitude, sympathie, correspondance, alliance, communion ou concordance…voici les termes qui nous lient au progrès social et au mouvement socialiste dès le début du XXe siècle.
Nous n’avions aucun lien structurel avec la SFIO de l’époque, tout comme nous n’en avons pas avec les partis de la Gauche démocratique aujourd’hui. Mais comme avec bien d’autres partis républicains, organisations démocratiques et associatives, nous partageons ce combat, celui du progrès intellectuel et social.
La Franc-Maçonnerie a pour objet la recherche de la vérité, et travaille à l’amélioration matérielle et morale de l’humanité. Nous avons à faire avancer l’humanité vers une société meilleure, faite de raison, de sciences, en combattant le monde erratique et pris au piège des émotions dans lequel les affres de l’histoire nous entraînent.
Nous sommes les penseurs de demain, de ce nouveau contrat social, de la République révivifiée.
Mes Frères, mes Sœurs, Mesdames, Messieurs, nous pouvons y parvenir ensemble. J’affirme que la maçonnerie incarne l’éloge de la nuance.
Nous avons alors, en Jauressien ce soir, à nous positionner sur ces deux termes : ceux de « réforme » et de « révolution ». Jaurès s’en est emparé dans un de ses textes dont je vous donne le passage principal : « Toutes les grandes révolutions ont été faites dans le monde parce que la société nouvelle, avant de s’épanouir, avait pénétré par toutes les fissures, par toutes ses petites racines, dans le sol de la société ancienne. » Le mot « révolution » ne fait pas peur à Jaurès, il le prend, le met en avant, en fait aussi un objectif. Une révolution, pour changer l’ordre établi, bâtir une autre société. Mais une révolution n’est pas forcément violente.
Cette société nouvelle est donc préparée par un long travail d’éducation, de transmission, de convictions, de réalisations intermédiaires et concertées, donc de réformisme. Notre Franc-Maçonnerie ne trouve rien à redire à ce texte de Jean Jaurès. Plus largement, nous sommes là pour créer les conditions et inviter les citoyens et citoyennes à s’engager dans la société pour la transformer.
Intégrons ce mot clé, celui d’utopie. L’utopie est moteur de progrès : rêver, imaginer, tout en étant interpelé par la nécessité de l’action au service de l’Homme.
Oui, c’est l’impensable que nous devons toujours penser.
Entré dans le panthéon de l’Humanité, Jean Jaurès, aujourd’hui encore, nous y invite, nous y pousse.
Et si la guerre a repris sur notre terre d’Europe, comme dans des régions proches et chères, c’est bien la preuve que l’heure du repos n’est pas encore arrivée, et que la tâche n’est pas achevée.
Alors, il y a 100 ans, ici, les Frères du Grand Orient de France étaient présents dans le cortège amenant Jaurès à la place qui lui était due.
Aujourd’hui les Frères et Sœurs du Grand Orient de France répondent encore à l’appel pour l’Humanisme, pour la Laïque, pour la Liberté, pour la République, pour demain, avec l’indéfectible force qui porte la Lumière.
Ci dessous quelques exemples de travaux réalisés aux Piliers de la Fraternité ces 10 dernières années soit 9 planches sur 400 environs



Elle était kurde, Iranienne, elle avait tout juste 22 ans, l’âge de toutes les promesses et de toutes les espérances. Il y a deux ans exactement, elle est morte, assassinée par la dictature des Mollahs, tout simplement parce qu’elle voulait être libre, refusait de céder à un régime barbare qui dénie aux femmes leur droit imprescriptible à être elles-mêmes, à appartenir pleinement à la même humanité que les hommes, à être leurs égaux. Elle a perdu la vie, oui, tout simplement parce qu’elle refusait de se soumettre, et de renoncer à l’exigence de l’émancipation, parce qu’elle se tenait debout face à la violence et à l’intimidation.
Refusant aussi de se voiler comme des millions d’Iraniennes, Mahsa Amini a dit « non », elle a incarné pour tant de compatriotes la résistance à l’arbitraire d’une dictature inhumaine et obscurantiste, emblématisant jusqu’à ce jour le souffle qui, depuis son martyr en 2022, n’a cessé d’ébranler le pouvoir théocratique de Téhéran, sans pour autant parvenir à le désarmer.
Toutes les organisations des droits de l’homme en conviennent : si la contestation ne s’est pas infléchie dans ce grand pays chiite, la répression y persiste et s’y intensifie à proportion que la mollahcratie est remise en cause par des pans croissants de la société civile. Le soulèvement dont Mahsa Amini fut l’étincelle a hélas coûté la vie à des centaines de manifestants, et, selon l’Onu, plus de 22 000 personnes ont été jetées dans les geôles iraniennes dans des conditions d’une rare brutalité.
Le mouvement « Femme, Vie, Liberté » s’est enraciné mais, parallèlement, les autorités ont durci les politiques répressives, sanctionnant toujours plus les hommes et les femmes libres, au mépris des droits humains les plus élémentaires. Pour autant, l’aspiration à la Liberté est plus forte que jamais. Le Grand Orient de France, conformément à ses engagements universalistes, à sa vocation d’être partout où les idéaux de fraternité et d’humanisme sont bafoués, à se tenir aux cotés de celles et ceux qui, en Iran et dans tant d’autres contrées, conduisent leurs luttes au nom des idéaux des Lumières, du libre-arbitre, de la raison combattante contre les forces régressives et contre les ténèbres de l’ignorance.
Avec détermination et constance, la principale obédience maçonnique française, qui a multiplié les contacts et les échanges avec les acteurs de la désobéissance civile iranienne, continuera à porter et à soutenir la voix de ces derniers, à les entourer de sa sollicitude, en pleine solidarité, fraternité et conscience, jusqu’à ce que ce grand peuple, qui attend tant de ses femmes-courage, se libère du carcan du fanatisme et de l’intolérance.
C’est ce combat que nous devons mener dans toutes nos loges, mais aussi au cœur de la cité, pour que le sacrifice de Mahsa Amini ouvre une nouvelle ère au peuple iranien et plus largement aux innombrables femmes et hommes encore en butte à l’oppression de par le monde.
En menant cette bataille, ne nous y trompons pas : le Grand Orient de France ne sert pas seulement la cause si noble des Iraniens et des Iraniennes ; il contribue à renforcer les positions aujourd’hui menacées des républiques démocratiques dans une mêlée internationale très incertaine et âpre, où les tyrannies liberticides et totalitaires voudraient, parfois en sourdine, imposer leur tempo et leur agenda ; il se soucie donc du destin de la liberté et de l’humanisme dans le monde.
Nicolas PENIN
Grand Maître du Grand Orient de France

Tout doit être fait pour empêcher que l’extrême droite ne devienne majoritaire dimanche prochain à l’Assemblée nationale. C’est une priorité absolue pour sauvegarder la République et ses principes de liberté, d’égalité et de fraternité.
Ensuite, il sera urgent de travailler à réparer la République car la crise politique actuelle puise ses racines dans les difficultés réelles, voire la détresse, des Françaises et des Français.
Les Francs-Maçons du Grand Orient de France s’engageront dans cette démarche, fidèles à l’Histoire, aux principes et aux valeurs de leur Obédience.
Guillaume TRICHARD
Grand Maître du Grand Orient de France
LA TRIBUNE le 27/06/2024

Par Guillaume Trichard, Grand Maître du Grand Orient de France ; Sylvain Zeghni, Grand Maître de la Fédération Française de l’Ordre Maçonnique Mixte International Le Droit Humain ; Bernard Dekoker-Suarez, Grand Maître de la Grande Loge Mixte Universelle et Christiane Vienne, Grand Maître de la Grande Loge Mixte de France
Dans quelques jours, la République sera au pied du mur. Au pied du mur de l’anti- République, le mur de tous les extrémismes, celui de l’extrême-droite aux portes du pouvoir, celle-là même qui combat de façon systémique les principes de Liberté, d’Égalité, de Fraternité.
Ne nous laissons pas abuser par son marketing habile. Car l’extrême-droite en réalité n’a pas changé, quand bien même son vocabulaire et ses postures ont pu évoluer, pour se rendre plus acceptable.
Dimanche, les Françaises et Français vont accomplir un geste crucial pour l’avenir du pays.
À la veille d’un scrutin historique, il faut se mobiliser pour que la Fraternité triomphe.
Car en réalité le projet des adversaires historiques de la République, c’est la remise en cause de l’État de droit et de nombre d’acquis sociaux via la contestation latente ou explicite des organes qui garantissent son effectivité, la xénophobie via la préférence nationale, l’illibéralisme via la complaisance pour toutes les forces et régimes en Europe s’en réclamant.
Dimanche, il faut stopper cette dynamique effrayante qui dans quelques jours pourrait renverser nos idéaux de Liberté, d’Égalité et de Fraternité, et mettre à mal nos institutions.
Ce combat contre l’extrême-droite ne nous fait pas oublier le combat indispensable contre ceux qui, à une certaine extrême gauche, promeuvent l’antisémitisme, l’essentialisation de l’individu et combattent l’universalisme.
Cela étant réaffirmé, faire barrage à l’extrême-droite est la première des urgences. Et si nous le réussissons, nous devrons alors nous attacher à réparer notre République malade. Car le mal se nourrit forcément de nos maux : l’insuffisance de nos politiques publiques en matière sociale, d’aménagement du territoire, de défense de la laïcité et de l’universalisme, d’éducation à la citoyenneté, de combat quotidien contre les inégalités pour la dignité humaine.
Il faut écouter la colère de toutes les Françaises et tous les Français, ceux qui doutent de nos gouvernements et de leurs alternances, ceux les inquiets de la mondialisation, ceux pour lesquels la République n’est plus une promesse d’un « être ensemble », ceux qui souffrent du déclassement social, ceux qui souffrent de l’assignation à résidence.
Les victoires de l’extrémisme s’alimentent toujours dans l’histoire des échecs des gouvernements. C’est au travers de cette béance que se faufilent sans complexe les forces de destruction du modèle républicain.
Nous y sommes désormais.
C’est tout l’héritage fondateur de notre modernité qui est en jeu. Les anti-Lumières sont en action ; à nous de les combattre, non pas seulement de les contenir, mais de les faire reculer et de les vaincre.
L’heure de la grande épreuve a sonné.
Les Francs-Maçons et les Francs-Maçonnes, sentinelles de la démocratie et de la fraternité universelle, sont de ce combat.
Or ce combat est le combat de toutes et de tous. En conséquence nous devons nous mobiliser contre cette marée montante de l’obscurantisme et de la régression.
Nous devons défendre notre République fraternelle et sociale.
Guillaume Trichard, Sylvain Zeghni, Bernard Dekoker-Suarez et Christiane Vienne
https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/la-fraternite-doit-guider-nos-voix-1000927.html

Paris le 13 juin 2024,
Dimanche dernier, la France est entrée dans une phase très inquiétante de son Histoire, avec l’imminence du retour de l’extrême-droite au pouvoir.
Dans trois semaines, à l’occasion des élections législatives anticipées, le risque de voir la France rejoindre le rang de la sombre cohorte des gouvernements populistes et nationalistes d’extrême droite n’aura jamais été aussi élevé.
Les forces les plus réactionnaires cherchent à s’entendre, avec comme seule ambition, celle de remettre en cause tous les fondamentaux de la philosophie des Lumières, sources du progrès.
Dans cette année où nous commémorons la mémoire de ceux qui sont tombés pour notre liberté face au joug nazi et au régime collaborationniste, les Francs-Maçons et les Francs-maçonnes ne peuvent rester muets face au retour du bruit des bottes, des effets de menton et de la geste milicienne.
Fidèles et viscéralement attachés à leur tradition humaniste et universaliste, les Francs-Maçons et les Francs-maçonnes seront plus que jamais de ce combat essentiel, celui de la défense de la République fraternelle. Car il ne faut plus seulement sonner l’alerte, mais agir.
Agir sur le terrain, agir dans nos loges, agir en dehors des temples. Agir, c’est aussi entendre la colère de celles et de ceux qui ont pu par lassitude ou par désespoir, porter le 9 juin dernier leurs suffrages sur les fossoyeurs de la République, afin de les convaincre que l’extrême-droite est une impasse.
Réunies hier au siège du Grand Orient de France, les obédiences maçonniques signataires lancent un appel solennel à la mobilisation de tous les Francs-maçons, frères et sœurs, pour dire non à l’inéluctabilité de la victoire de l’extrême-droite et de son idéologie de la haine. Les obédiences maçonniques exhortent tous les Francs-maçons à se rassembler le 18 juin à 18h00 à Paris et dans tous les Orients de France.
Les francs-maçons résistants de tout temps à l’hydre haineuse de l’extrême-droite, fidèles aux idéaux de liberté, d’égalité, de fraternité, de laïcité se lèvent, déterminés à prendre part dans la reconstruction d’un espoir républicain pour tous.
Guillaume TRICHARD, Grand Maître du Grand Orient de France
Sylvain ZEGHNI, Grand Maître de la Fédération Française de l’Ordre Maçonnique Mixte International Le Droit HumainBernard DEKOKER-SUAREZ, Grand Maître de la Grande Loge Mixte Universelle
Christiane VIENNE, Grand Maître de la Grande Loge Mixte de France
Jean-Jacques MOUMDJIAN, Grand Maître de la Grande Loge Mixte de Memphis-Misraïm