Indépendance de la justice : un pilier de la République et de l’Etat de droit.

Depuis quelques semaines, nombre de nos concitoyennes et de nos concitoyens ressentent inquiétude et indignation. Des propos de responsables politiques tendent à remettre en cause l’institution judiciaire. Ces attaques plus ou moins frontales semblent gagner en intensité, relayées par des réseaux médiatiques mal intentionnés, porteurs de divisions et de troubles. Une brèche s’ouvre dans notre pacte républicain.
En remettant en cause son bienfondé, un certain nombre de dirigeants politiques s’est désolidarisé d’une décision de Justice rendue le lundi 31 mars à l’encontre de cadres d’un parti politique, le Rassemblement National.
En cela, ils ont commis davantage qu’une entrave à la bonne marche de l’institution judiciaire : ils commettent une faute.
La loi Sapin II sur laquelle prend appui cette décision de Justice a été votée en 2016. Elle s’applique donc et doit s’appliquer à l’ensemble des concitoyens. Remettre en cause son application à tous les justiciables va à l’encontre de la décision des représentants du peuple. Et porte atteinte au principe cardinal d’égalité devant la loi garanti dans un État de droit. Ce faisant, ils fragilisent la République à un moment où il nous faut la défendre.
L’histoire nous enseigne que toute atteinte à l’indépendance des magistrats et à la légitimité de leurs décisions signe un recul de la République, qui au contraire, pour demeurer fidèle à ses idéaux, doit garantir aux citoyens et citoyennes une justice indépendante, sans interférences, au-delà des intérêts particuliers.
Dans ce contexte, le Grand Orient de France et la Grande Loge Mixte de France rappellent que la séparation des pouvoirs constitue un socle intangible de notre démocratie républicaine. La justice ne doit être ni affaiblie par des attaques, ni instrumentalisée à des fins partisanes remettant en cause son impartialité.
Le Grand Orient de France et la Grande Loge Mixte de France, fidèles à leurs principes issus de la philosophie des Lumières, par leur histoire inséparable de notre République, indivisible, laïque, démocratique et sociale, réaffirment avec force leur attachement indéfectible à l’indépendance de la Justice. C’est une condition essentielle au bon fonctionnement de l’État de droit et à la garantie des libertés fondamentales.
Le Grand Orient de France et la Grande Loge Mixte de France appellent l’ensemble des responsables politiques à préserver l’intégrité de notre État de droit et à renforcer la confiance des citoyens dans l’institution judiciaire en respectant les principes de transparence, d’équité et d’impartialité de celle-ci.
Le Grand Orient de France et la Grande Loge Mixte de France seront toujours les défenseurs de notre République et de ses institutions démocratiques. L’attachement de leurs membres à la préservation de ses fondements est indéfectible.
Paris, le 22 avril 2025
Appel pour la constitutionnalisation des articles 1 et 2 de la loi du 9 décembre 1905

Appel pour la constitutionnalisation des articles 1 et 2 de la loi du 9 décembre 1905, dite « Loi concernant la séparation des Églises et de l’État »
Le 24 février, en conclusion du colloque au Palais du Luxembourg « 120 ans de laïcité, 120 ans de liberté », le Grand Maître du Grand Orient de France Nicolas Penin a revendiqué publiquement la constitutionnalisation des deux premiers articles de la Loi du 9 décembre 1905, intitulée loi concernant la séparation des Églises et de l’État.
Cette loi de liberté est un pilier de notre république indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure la liberté de conscience, la liberté de ses opinions philosophiques et spirituelles, celle de croire ou de ne pas croire, et donc comprend pour ceux qui croient la garantie du libre exercice de leur culte.
Cette loi est la pierre angulaire du principe de laïcité, auquel sont attachés la très grande majorité de nos concitoyens.
Aujourd’hui, s’il nous faut défendre la laïcité, c’est qu’elle est attaquée : fragilisée par nombre d’accommodements et de reculs jurisprudentiels, elle subit des offensives de toutes parts visant à la remettre en cause, venant de mouvements religieux radicaux, de mouvements politiques soutenus par des forces financières puissantes qui, sournoisement ou ouvertement, combattent la République laïque.
Voilà pourquoi la loi de 1905, synonyme d’émancipation, de liberté, d’égalité et de fraternité sera encore attaquée comme elle l’a d’ailleurs toujours été. Et tant que la loi de 1905 reste une loi ordinaire n’importe quelle autre loi peut la défaire.
Pourquoi aurait-on procédé à la constitutionnalisation du droit à l’IVG si les droits fondamentaux et imprescriptibles étaient si sécurisés dans ce pays ? Il y a donc une impérieuse nécessité à prendre toutes les mesures réglementaires, les plus hautes, pour protéger la séparation des Églises et de l’État, pour réaffirmer que « la République assure la liberté de conscience », qu’elle « garantit le libre exercice des cultes » et qu’elle n’en « reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun ».
Nous, Francs-Maçons du Grand Orient de France appelons les Obédiences maçonniques, les organisations et associations amies, les élus et l’ensemble des citoyens, à nous rejoindre pour porter cette revendication ambitieuse, légitime et nécessaire en faveur de la constitutionnalisation d’une manière ou d’une autre, en substance, des deux premiers articles de la loi de 1905, et conférer ainsi au principe de laïcité rattaché à la liberté de conscience la valeur constitutionnelle qui lui manque.
Rejoignez cet appel qui sera remis aux parlementaires pour soutenir cette revendication. Signez ! Faites signer !
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Vu dans la presse
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Ceux-ci sont ouverts aux commentaires et débats dans un esprit de tolérance et de respect mutuel.
A vous lire…

Le voile, symbole de soumission
par Sylvie Pierre-Brossolette | publié le 27/03/2025
Depuis les temps les plus anciens, les hommes – et les religions – ont intimé aux femmes de se couvrir la tête, en signe de domination masculine. Jusqu’où le tolérer aujourd’hui ?
De quoi le voile est-il le nom ? La réponse divise ceux qui ne voient pas de problème au port de ce bout de tissu sur la tête des femmes. Et ceux qui y voient le symbole insupportable de leur soumission. Les premiers parlent de choix personnel fait en toute indépendance. Les seconds dénoncent une instrumentalisation par des islamistes pratiquant l’entrisme pour imposer leurs « valeurs » anti-occidentales partout où ils peuvent se glisser.
Au-delà de l’interrogation sur la signification de ce vêtement particulier, le débat oppose, sur son usage, les tenants du laisser-faire aux avocats de la réglementation. La question clive jusque chez les féministes, qui se battent entre les universalistes choquées par un attribut d’infériorisation du genre féminin et les communautaristes considérant le choix de se couvrir la tête comme un élément de liberté.
L’opposition des visions s’est étalée au grand jour de manière spectaculaire au sein du gouvernement au sujet du sport : Bruno Retailleau et Gérald Darmanin contre Elisabeth Borne et Marie Barsacq, accusées de « naïveté » par le Garde des Sceaux, forçant François Bayrou à intimer le silence dans les rangs mais à confirmer son soutien à la ligne règlementariste de la proposition de loi interdisant le port du voile dans les compétitions sportives.
Deux grands sportifs – masculins – s’en sont mêlés : Teddy Riner versus Mahyar Monshipour. Le quintuple médaillé olympique de judo s’est placé du côté des « pro-voile » en disant : « En France, on perd notre temps sur certaines choses. Dans d’autres cultures, tout se passe bien et on n’emmerde personne ». A quoi l’ex-champion du monde de boxe, français d’origine iranienne, lui répond : « Il faut comprendre le dessein derrière le port du voile dans le sport : il s’agit de rendre habituelle la présence du religieux. On ne parle pas d’une simple croix mais de la volonté de cacher la femme avec le voile. Ce voile est un linceul et le signe visible d’une inégalité entre les hommes et les femmes ».
Alors, le voile, facteur de soumission ou de liberté ? Depuis les jours les plus anciens, les religions ont légitimé la hiérarchie des sexes. Claude Lévi-Strauss disait : « Dans toutes les sociétés que j’ai pu connaître, les femmes sont toujours le sexe dangereux ». Face à cette dangerosité il fallait instituer des modes d’appropriation et de contrôle des femmes. Dans la société romaine archaïque, les femmes soumises à l’autorité de leur époux devaient déjà se couvrir la tête d’un fichu carré, la « rica », qui retombe sur la nuque, les oreilles, les épaules. L’enlever en public, c’était risquer la répudiation.
La théologie chrétienne des premiers siècles légitime cette domination masculine. Pour l’apôtre Paul, elle justifie que l’homme doive prier la tête nue tandis que la femme doit porter un voile : « Un homme n’est pas tenu de se couvrir la tête, étant l’image et gloire de Dieu, mais la femme est la gloire de l’homme. La femme est donc tenue de porter sur la tête un signe d’autorité ». Conclusion de la philosophe Sylviane Agacinski : « Le voilement était donc, bien avant l’islam, un symbole vestimentaire de l’humilité féminine face à l’autorité masculine »
Les exemples abondent, fournissant des arguments contre ceux qui accusent les contempteurs du voile d’être islamophobes. Ainsi le grand orateur latin Tertullien, à la fin du 2ème siècle, recommande-t-il aux jeunes chrétiennes le port d’un voile intégral, porté à cette époque par les païennes en Arabie. Ce voile-là ne laissait voir qu’un œil ! Le voilement intégral était bien antérieur à l’époque du Prophète, comme la mise sous tutelle du « sexe faible ». Aujourd’hui, les femmes musulmanes qui se couvrent la tête suivent moins un très vague précepte du Coran qu’elles n’acceptent, parfois à l’insu de leur plein gré, de porter un vêtement qui symbolise leur soumission.
Au 21ème siècle, qui a vu les femmes compléter leur émancipation dans les démocraties en dénonçant les violences dont elles sont l’objet, doit-on, peut-on, laisser des influences extérieures inciter au port du voile ? En Iran, des femmes meurent pour ne pas se soumettre à cette obligation. Certains grands dirigeants arabes du siècle dernier n’en voulaient pas non plus. En 1950, le président égyptien Nasser avait expliqué devant la Ligue arabe comment il s’était opposé aux Frères musulmans venus lui demander d’imposer le voile aux femmes !En France, à l’heure actuelle, il y a clairement une volonté des islamistes de pousser à la manifestation des signes religieux pour casser les codes de la société occidentale. Il serait bon que toutes celles qui décident de porter le voile le fassent en toute connaissance de cause. Chacune est libre dans le cadre des lois de la République. Et on peut avancer mille raisons pour justifier de porter un bout de tissu sur la tête. On peut décider de le faire par provocation, tradition, incitation, protection, adhésion…Ce geste n’en restera pas moins, qu’on le veuille ou non, un signe de soumission. Pas de libération.
120 ans de laïcité, 120 ans de liberté!
Exposition et conférence.

A l’heure de célébrer l’anniversaire de la loi de 1905 dite de séparation des églises et de l’état (120 ans)
La Constitution de 1958 nous dit : La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale.
Le concept de laïcité est familier à tous les Français. Il existe toutefois des différences d’approche qui en brouillent la signification et la portée , les interprétations et confusions sur le sens à lui donner sont nombreuses, aussi nous vous invitons à découvrir une exposition autour de son histoire et de ses principes, et à une conférence autour du thème : La laïcité, pourquoi et comment.
Entrée libre
Fin de vie : le Grand Orient de France appelle le Premier ministre à ne pas renoncer aux engagements de la précédente législature !

Paris, le 3 février 2025
Dans une récente déclaration, le Premier ministre a manifesté son souhait sur le sujet difficile de la fin de vie de dissocier la question des soins palliatifs de l’aide active à mourir.
Le Grand Orient de France s’inquiète de cette éventuelle disposition qui constitue un recul évident par rapport au texte qui avait été présenté lors de la précédente législature, et qui faisait l’objet d’un large consensus.
Pour des raisons à la fois scientifiques, sociétales mais aussi démocratiques, notre obédience appelle le Chef du Gouvernement à revoir sa position.
Sur un plan scientifique, toutes les études et toutes les comparaisons internationales démontrent qu’il existe un continuum entre soins palliatifs d’un côté, et aide active à mourir de l’autre. Cette complémentarité est documentée ; elle doit évidemment s’accompagner d’un renforcement très soutenu des moyens palliatifs sur tout le territoire comme d’un respect de la conscience des soignants, minoritaires, qui refuseront de participer au processus de l’aide à mourir.
Sociétalement, la dissociation des deux textes a ceci de significatif qu’elle tend à mettre en doute le principe que le GODF entend défendre car conforme à sa philosophie humaniste et progressiste : celui de l’autonomie de l’individu et de sa capacité à décider in fine de son sort , dès lors que sa dignité en dépend.
Enfin politiquement et démocratiquement, il convient de rappeler que la convention citoyenne sur la fin de vie s’est prononcée pour le droit à cette ultime liberté, que celle-ci est non seulement l’expression d’une demande des familles et des patients, mais aussi comme le démontre la plupart des études d’opinion d’une très large majorité de nos compatriotes. Ce droit qui n’enlève rien à ceux qui ne voudraient pas en user ne peut en aucun cas être distingué de toutes les politiques qui réduisent la souffrance au nom de l’humanité, de l’intégrité physique et du respect de la personne. Cette exigence citoyenne doit être éminemment respectée.
Fort de tous ces constats, le Godf appelle solennellement le Premier ministre à permettre de rétablir en l’état le texte proposé lors de la XVIème législature et d’assurer sa présentation devant le parlement dans les prochaines semaines.
Nicolas PENIN
Grand Maître du Grand Orient de France
