
Cela n’a pas été fait depuis Lang-Cloupet, le ministre et l’enseignement catholique, humiliant la loi de séparation des Eglises et de l’Etat, signent un accord inique, léonin sur la mixité sociale et scolaire sans aucune contrainte.
N’est pas là une incartade institutionnelle extravagante qui consiste à payer des dommages de « guerre scolaire » froide, résolue et permanente à ceux qui déclenchent les hostilités dès qu’on leur demande des comptes et de répondre à leurs dégâts occasionnés en termes de mixités scolaire et sociale ? Ces nouvelles libéralités publiques concédées, par protocole institutionnel, à des établissements privés, sans obligations afférentes, font défaut au service public laïque et ne réduiront pas les inégalités, voire les conforteront au profit de la clientèle de l’enseignement catholique. Le privé subventionné appauvrit, de plus en plus, le public.
Rappelons-le, au regard de la législation, seuls des établissements privés sont reconnus. La loi Debré avait d’ailleurs inventé et institué un concept : « le caractère propre », pour ne pas, d’une part, reconnaître de réseau, et, pour d’autres part, ne pas enfreindre la loi du 9 décembre 1905 dite de « Séparation des Églises et de l’État ». Celle-ci précise dans son article deux : « La République ne reconnaît nous salarie ni ne subventionne aucun culte. ». Ne s’agit-il pas ici, une nouvelle fois, de contourner la loi de Séparation ? Que deviennent nos principes constitutionnels ? La République joue contre son camp et dénature ici les principes qui fonde le service public et les principes d’égalité en éducation de ses bâtisseurs.
Par sa signature, l’État confère un label d’interlocuteur représentatif à une structure ecclésiale alors même que la loi Debré a voulu écarter pour respecter la législation et la Constitution. C’est un nouveau concordat scolaire qui trahit les fondements de la République. Où est la démocratie sociale alors que les syndicats de personnels et de direction sont placés sous tutelle d’une confession ? La question du dualisme scolaire est d’abord institutionnelle et idéologique. Dans notre société sécularisée, l’enseignement privé, cheval de Troie du libéralisme, constitue une machine de guerre pour imposer, au nom de l’autonomie, la liberté d’entreprise dans l’éducation. Peut-on continuer à occulter cette question fondamentale ?
L’État doit-il prendre en charge cette visibilité sociale de l’Église catholique et les missions de cette confession où l’enseignement catholique devenu, en 2008, service officiel de l’Église où en 2013, l’épiscopat a renforcé les statuts des établissements catholiques pour mieux évangéliser et imposer le droit canon ?
Seule la laïcité, pacte social de la République, garantit les libertés dont la liberté de conscience.
Cette aggravation d’une partition sociale communautaire au nom d’une pseudo paix scolaire d’aujourd’hui peuvent conduire à des guerres civiles de demain. Continuons résolument le débat sur les missions que l’on assigne à l’École publique laïque indépendante de toute doctrine.
Eddy Khaldi
19 mai 2023
